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Benours

Benours

l’interview

Interview par Emina Photographies par Jonathan Von Nagel 21 août 2026

Merci de nous accorder du temps. Peux-tu te présenter brièvement ?

Je m'appelle Ben, je viens d'une petite ville à côté de Toulon qui s'appelle Ollioules, dans le sud de la France. Actuellement, je suis président d'une association, Snippet, que j’ai créé avec KpriSam et Achille et qui organise des événements live sur Marseille. Je suis également manager de deux artistes, Von Hyero et MIRA.

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© Jonathan Von Nagel

C'est possible de faire quelque chose qui te passionne sans forcément faire d'études.

Benours

Ça t’est venu comment le management d’artiste ?

J'ai eu une opportunité pour aller faire de l'immobilier à Paris. J'y suis allé, mais j’ai vite arrêté pour travailler en tant que vendeur à Citadium. J'ai rencontré beaucoup de personnes à cette époque qui avaient Citadium en tant que travail alimentaire, mais qui développaient surtout leur projet à côté. Qu'ils soient photographes, artistes, managers, beatmakers, designers... Beaucoup utilisaient ce travail pour se faire déjà des contacts et pour investir dans leur projet.
Et, moi, depuis très jeune, je suis passionné de musique et je recherche un moyen de travailler dans ce milieu-là sans forcément toucher à la production. Le métier de manager m'a paru assez logique en fonction de la personne que je suis et de ma manière d'être.

Tu définirais comment ton rôle de manager ?

Pour moi, c'est vraiment un accompagnement, un soulagement et un soutien. C'est d'être là pour donner un avis sincère, essayer de toujours être assez franc et de pousser l'artiste aussi. De l'aider, de l'encourager, de gérer toute la partie administrative, que ce soit pour les démarches, pour le booking de scène, pour une collaboration…

C'est essayer d'alléger l'artiste pour lui laisser un maximum de temps libre pour se consacrer à son art, à sa musique et à son univers.

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À quel moment de la carrière d’un artiste tu interviens ?

Ça dépend. J'ai fait l'expérience d'être manager de personnes dont j'étais proche et qui étaient des artistes au tout début de leur carrière, qui commencent à sortir leur premier son, leur premier clip, leur premier visuel. Par la suite, j'ai commencé à travailler avec Brownelims, qui est une artiste qui était déjà un peu plus développée, qui avait une idée plus claire et précise de ce qu'elle voulait.

Et, le moment propice, ou du moins le bon moment pour intervenir dans la carrière d'un artiste, c'est le moment où l'artiste sait clairement ce qu'il veut faire, où est-ce qu'il veut aller et, surtout, quand il est très motivé. Autrement, tu vas parfois avoir l'impression d'être plus impliqué que lui dans le projet.

Comment se fait la rencontre entre un manager et un artiste ?

Les premiers artistes avec qui j'ai commencé à travailler, ce sont Von et Mira. Je suis arrivé sur Marseille grâce à mon meilleur ami d’enfance YN$AZZURA qui est beatmaker, il m’a vraiment poussé et motivé à m’installer dans la ville. Il était en contact avec quelques artistes qu’il m’a présentés et avec qui on a sympathisé. Mais c'était même au-delà de ça : ces personnes-là, ce sont des personnes qui viennent de ma ville, d'Ollioules. On se voyait quand on était plus jeunes au lycée mais on n'avait jamais vraiment créé de lien. La rencontre avec les premiers artistes s'est assez naturellement faite, j'ai appris qu'ils faisaient de la musique, je leur ai expliqué que moi je me lançais dans le management et on a commencé comme ça.

Par la suite, pour Snippet, j’ai démarché plusieurs artistes et par ce biais j’ai rencontré Brownelims que j’avais booké pour la release party de Desouza. On s’est bien entendus et ça s’est fait plutôt naturellement par ce biais-là. Sinon, j’ai aussi travaillé avec certains artistes parce que j’avais vu dans leur story qu’ils cherchaient un manager.

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© Jonathan Von Nagel

Quand tu commences à accompagner un artiste, c’est quoi la première étape ?

J’échange avec l’artiste pour savoir quelles sont ses attentes et ce qu’il aimerait qu’on fasse ensemble. Ensuite, j’écoute ce qu’il a déjà sorti et je regarde ce qu’il a déjà fait pour me faire un peu une analyse d’où on en est.

Dans la culture et dans l'art en général, c'est tellement important de comprendre la personne pour comprendre son univers artistique.

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Est-ce que tu peux accompagner un artiste dont tu n’aimes pas la musique ?

Ça joue beaucoup. Si la musique ne me parle pas, je n’ai pas de passion donc aucune envie de travailler. Je n’aime pas cette idée-là de m’associer avec quelqu'un si je n’aime pas son art.

Et l’humain ?

Oui. Je crois que pour vraiment m'impliquer dans la carrière de quelqu'un, j'ai besoin d'avoir un contact aussi avec l'humain, au-delà de juste l'artiste et le professionnel. Parce que ça me donnera d'autant plus envie de défendre la personne et ce qu'elle fait.

Tu gères comment la frontière manager-ami ?

C'est justement ça qui est assez compliqué. C'est que c'est devenu d'abord de très bons potes puis, après quelque temps, je suis devenu leur manager. Et c'est hyper compliqué parce que des fois l'amitié va prendre le dessus dans tes choix et dans ce que tu vas pouvoir dire. C'est là où il faut mettre un peu de barrières, mais je pense que c'est plus un juste milieu.

Parce qu'en fait, le manager passe tellement de temps avec l'artiste et il est tellement impliqué dans sa carrière que si c'est une personne avec qui il n'a aucune affinité, j'ai l'impression que c'est assez compliqué. Je pense que quand tu commences à faire confiance à une personne comme tu es censé faire confiance à ton manager, il y a aussi une part de : tu ne peux pas faire confiance à quelqu'un avec qui tu n'as aucune affinité, où tu ne sens pas bien son énergie.

Donc il y a une espèce de juste milieu à avoir qui n'est pas simple du tout, parce que c'est vrai qu'il faut toujours essayer de rester franc dans ses choix et de ne pas trop laisser les affinités nous influencer sur le plan professionnel.

Concrètement, comment construis-tu la stratégie d’un artiste ?

En fonction de l’artiste. En fonction de ses besoins.
Je leur conseille principalement de prioriser la sortie de singles plutôt que la sortie de projets. De prioriser du visuel plutôt que du long clip. On est face à une réalité dans l'industrie et dans le milieu musical actuel, où, si on n'a pas forcément de fonds à investir dans sa musique, ça reste le meilleur moyen de commencer à la promouvoir.

Je commence également à penser aux démarchages média, aux performances sur scène, à contacter les bons RP, DJ... Pour Brownelims, c’est deux choses qui ont servi. 4BR4, un DJ et beatmaker marseillais, l’a invité sur beaucoup de scènes et de sets, ce qui a permis de la faire rayonner. Maintenant, c’est son DJ scénique. C’est hyper important de tourner avec quelqu’un qui te connaît par cœur et sait exactement comment tu aimes sonner. Ça met tellement plus en confiance, surtout pour les premières scènes.

Enfin, quand on construit une stratégie autour d’une sortie, on pense à un calendrier avec des dates fixes, les jalons clés à finir avec le mix, mastering, le visuel, le dossier presse, les teasing sur les réseaux sociaux, la création de contenu... Mais ça dépend beaucoup de la disponibilité et de l'implication de l'artiste.

Dans le processus créatif de l’artiste, ton implication s’arrête où ?

J’ai toujours eu en tête que je ne veux jamais influer. Je peux donner mon avis, mais c'est toujours l'artiste qui aura le dernier mot. Mon rôle, il s'arrête à ce niveau-là, parce que je peux comprendre l'univers, mais moi, à proprement parler, je ne suis pas artiste, je ne suis pas légitime. Et j'ai conscience de ne pas avoir la science infuse. Je peux dire des choses qui ne sont pas forcément vraies ou qui ne vont pas marcher pour l'artiste. Ça dépend de lui aussi, comment il perçoit, comment il sent.

Ce que je recherche, c'est le son. Je cherche à me faire plaisir, à travailler avec des artistes qui font de la musique que j'aime.

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Qu’est-ce qui te plaît le plus dans le fait d’être manager ?

Écouter, préparer et assister aux scènes. C'est simplement la musique, et ça revient au fait que c'est vraiment ce qui me fait kiffer. Donc être manager, c'était un moyen de travailler dans ce milieu-là sans en produire pour autant.

Est-ce qu’une collaboration t’a particulièrement appris quelque chose sur le métier ?

J’ai arrêté de travailler avec Brownelims au bout d’un an ensemble. Mais j’ai beaucoup aimé cette collaboration parce que c'est l'artiste qui m'a permis de voir à quoi servait réellement un manager. On est allé jusqu'à Marsatac, qui a été une super expérience. On a mis en place plusieurs stratégies, travaillé la partie accompagnement scénique, feuille de route, fiche technique, négociations de cachet... Cette partie-là, au final, je ne l'avais pas faite avant de travailler avec elle parce qu'il n'y avait pas eu ce genre d'opportunités pour les autres artistes, parce que ça ne demandait pas ce niveau de présence, de “responsabilités”.

Est-ce que tu as une habitude ou une bonne pratique qui t'aide particulièrement dans ton travail ?

Faire un Notion. C'est vraiment une interface assez claire et assez ludique pour pouvoir s'y retrouver. Je structure toutes les prochaines sorties, tous les prochains rendez-vous, toutes les déclarations, ce qui reste à faire pour une sortie, je classifie tous les documents clés... Ça couplé à un drive et à [untitled] aussi. C’est une application que j'utilise beaucoup et que je conseille à tous les artistes, c'est vraiment hyper pratique pour faire écouter des maquettes assez rapidement sans avoir besoin d'avoir un dossier à télécharger ou un lien spécifique..

Et en vrai, Tiktok, je ne vais pas te mentir. Pour essayer de faire du contenu aux artistes, pour les filmer... C’est un peu devenu ce qui fait la pluie et le beau temps.

Qu’est-ce que les artistes émergents sous-estiment encore dans le développement d’une carrière ?

La promotion, croire que parce qu'il fait de la bonne musique, les gens vont forcément l'écouter sans qu'il fasse un maximum de promo dessus.

En fait, aujourd'hui, même si tu es un très, très jeune artiste, on en revient au nerf de la guerre : c'est qu'il faut promouvoir, il faut te mettre en avant. Même si ça ne colle pas avec ton image de montrer ta tête, il y a plein d'alternatives qui existent : récupérer des images de jeux vidéo ou d'animés pour caler des sons dessus. Je pense que ça risque d'être assez compliqué de commencer à faire parler de toi si tu restes dans ton coin et que les gens ne te voient pas.

Il y a pas mal de choses qui se développent, qui sont intéressantes selon ce que tu recherches et ce que tu écoutes. Tiktok, Insta, Twitch... Il y a des lives d’écoute d’artistes et si tu penses que tu t'inscris dans ce genre d'émission ou dans n’importe quel autre format, sans te trahir, moi j'invite vraiment à y aller.

À l’inverse, qu’est-ce qui te donne envie de suivre un artiste émergent aujourd’hui ?

L’innovation en vrai. Être surpris, voir que l’artiste maîtrise vraiment sa musique et, qu’en plus, il me propose du visuel qui est ultra sympa. Voir une vraie proposition musicale et visuelle, cohérente, qui me donne envie d’aller explorer un peu plus loin l’univers des artistes. Après c'est toujours pareil, je pense que c'est subjectif, c'est par rapport à moi, mes inspirations, ce qui me fait kiffer.

Quel est le meilleur conseil qu'on t'ait donné dans ce métier ?

Je crois que c'est de contractualiser. C'est vraiment de parler avec des juristes, des avocats... Parce que le métier de manager est quand même très lié avec le juridique. Je n’ai pas été confronté à de vrais problèmes à ce niveau-là mais ça reste important, même s'il y a de l’amitié, faut poser un cadre clair.

Actuellement, tu as des objectifs particuliers que tu souhaiterais développer ?

L'objectif c'est vraiment de développer les artistes avec qui je travaille, d’essayer de leur dégager une rémunération grâce à la musique, et potentiellement travailler avec une nouvelle personne.

À côté de ça, j’ai également pour ambition de lancer une émission sur Marseille. C’est encore les prémices mais l’objectif c’est de ramener une émission assez éclectique, qui se rapproche de ce que j’apprécie. J’ai été amené à travailler dans le rap mais je suis passionné de beaucoup d’autres styles. J’adore le jazz, j’adore le rock, j’ai eu une période reggae dans ma vie, je m’intéresse à de plus en plus de genres. Donc l’objectif serait d’offrir quelque chose d’aussi ouvert, qui allie beaucoup de styles.

Pourquoi Marseille ?

Ça me tenait à cœur de développer le sud de la France, même si Marseille n'est pas ma ville de base, ça reste la plus grosse ville du coin. Je trouve que c'est important d'essayer de développer des villes comme Bordeaux, Marseille, Lille, Lyon, qui ont encore tout à envier, je pense, à Paris. Alors je sais pas si on arrive à un pied d'égalité, mais au moins essayer de mettre des choses en place pour dynamiser ces villes à ce niveau-là. Moi, en tout cas, c'est un truc qui me tient à cœur.

Puis, Marseille, dans le rap, c’est majoritairement de la musique “traditionnelle” marseillaise, Jul, SCH... Mais j’ai toujours aussi aimé les côtés plus émergents, plus niches, de styles différents. Et, à Marseille, les personnes aiment ça, il y a de plus en plus d’événements ou de collectifs et je trouvais ça intéressant de pousser cette dynamique. Donc ça me tenait à cœur de redescendre et d'essayer de développer, de mon coté aussi, cette scène.

Ça se développe comment ?

Plusieurs collectifs et structures se sont installés sur Marseille et font énormément de bien à la ville. Je pense notamment à Ola Radio, VAVA RADIO, atna, Styx, OH et au collectif FRONT RAW qui est un collectif marseillais créé en 2025, au même moment où on a créé Snippet. Et eux, c'est des personnes qui mettent de ouf en avant la trap. Ils ont fait des soirées où ils ont fait venir SAKI225, Roddy Key, Cherry Pie, donc ils essayent vraiment de développer un peu plus ce rap, je dirais, qui n'est pas le rap auquel tu t'attends à Marseille.

Et ça marche en fait. Les soirées ont eu vraiment beaucoup de succès. Et je trouve ça bien que ça se développe dans la ville, même s'il y a encore du travail à faire.

Mais j'ai confiance, on est de plus en plus ouverts à Marseille et ça va continuer à se développer de toute façon.

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